La dépression saisonnière : quand la lumière joue sur l'humeur

La dépression saisonnière : quand la lumière joue sur l'humeur

C'est un fait. Le moral de certaines personnes vire au gris en hiver. La faute à un manque de lumière. Un phénomène amplifié cette année par la pandémie due au coronavirus. Pas question pour autant de se résigner ! La dépression saisonnière peut se soigner facilement…

La dépression saisonnière, ou trouble affectif saisonnier, est une dépression liée à la diminution de la luminosité naturelle pendant une période allant de fin octobre à mars.

La production de sérotonine est en baisse

De façon encore inexpliquée, chez certaines personnes, le manque de lumière semble notamment diminuer la production de sérotonine, messager chimique du cerveau qui régule l'humeur.

Le mécanisme de la dépression s’enclenche alors : tristesse permanente, particulièrement le matin ; troubles de l’humeur (irritabilité, tendance à fondre en larmes…) ; fatigue intense et inexplicable ; variation de poids ; idées noires persistantes…

Pas toujours prise au sérieux, la dépression saisonnière est pourtant très handicapante. La souffrance psychique et les malaises qu’elle suscite ne sont pas sans impact sur la vie affective et professionnelle des personnes touchées.

Certaines populations davantage à risque de dépression en hiver

Les femmes (75% des cas) sont les plus touchées par la dépression saisonnière. Une vaste étude publiée en 2018 a confirmé ce constat (source 1). Plus généralement, cette forme de dépression affecte plus facilement les personnes souffrant de troubles de l’humeur ou d’accès dépressifs. Ce qui complique le diagnostic, l’épisode saisonnier n’étant pas toujours reconnu comme tel au moment où il survient, et donc pas traité de façon ad hoc.

La dépression saisonnière concerne les habitants de l’hémisphère Nord, particulièrement ceux qui ont un mode de vie (métro, boulot, dodo…) qui les expose moins à la lumière diurne, les citadins et les rurbains plutôt que les ruraux.

Les populations inuit, qui habitent les régions arctiques et sont donc soumises à la nuit polaire pendant plusieurs semaines, ne semblent pas affectées de la même façon que les Européens ou habitants de l’Amérique du Nord. Différentes hypothèses sont avancées : leur organisme se serait adapté au manque de lumière au fil des siècles ; leur consommation de poissons gras (riches en acides oméga-3) leur assurerait un bon fonctionnement cérébral en dépit du manque de lumière.

Pourquoi le coronavirus pourrait accentuer le trouble affectif saisonnier

Le contexte sanitaire de l'hiver 2020-2021 avec l'épidémie liée au nouveau coronavirus ne peut qu'accentuer ce schéma hivernal de dépression. Le manque de lumière se ressent d'autant plus que nous sommes le plus possible incités à rester chez nous en raison du second confinement et du couvre-feu. Cela crée aussi un isolement social qui peut fragiliser les personnes les plus sujettes à ce trouble.

L'enquête internationale COH-FIT, dont les premiers résultats ont été publiés en novembre 2020 (source 2), révélait une hausse des états de stress, de solitude et de colère chez 20 0 25% des personnes interrogées. Les femmes sont davantage concernées : 27% disaient ressentir un stress accru (contre 14% des hommes) et 23% à rapporter un sentiment de solitude plus important (contre 12% des hommes).

Cette tendance à la hausse des états dépressifs est confirmés par l'enquête CoviPrev lancée par Santé Publique France : les états dépressifs ont plus que doublé entre fin septembre et fin novembre 2020, et ce avant même l'entrée dans l'hiver (source 3).

Reconnaître une dépression saisonnière

Deux points sont spécifiques de la dépression saisonnière :

  • Les accès de boulimie avec une forte attirance pour le sucre qui provoquent généralement une prise de poids ;
  • l’hypersomnie, une irrépressible envie de dormir qui débouche sur de longues nuits de sommeil mais n’empêche pas de se sentir fatigué.

Nous ressentons tous des moments de vague à l’âme à la mauvaise saison, sans doute aussi liés au manque de lumière. Mais c’est minimiser la maladie réelle que de s’autodiagnostiquer des dépressions saisonnières à la légère.

Ce diagnostic ne peut être posé sérieusement qu'après répétition à l'identique des symptômes pendant deux années de suite, sans survenue d'aucun autre événement dépressif. Ce qui n’est pas facile puisque les personnes souffrant de dysthymie (troubles de l’humeur) sont aussi plus facilement affectées par la dépression saisonnière.

Il faut prendre garde également à ne pas confondre la dépression saisonnière qui revient chaque année avec les phases dépressives cycliques d’un trouble bipolaire.

La luminothérapie au secours de la dépression saisonnière

La solution contre cette forme de dépression est simple : profiter de la lumière naturelle au moins 30 minutes par jour. A défaut, le traitement de référence de la dépression saisonnière est la luminothérapie (ou photothérapie) : la personne s'expose une demi-heure par jour, au réveil, à une lampe de 10 000 lux reproduisant la lumière naturelle du soleil. Ce traitement est applicable à domicile au moyen de lampes spécifiques disponibles dans le commerce : bien vérifier que le modèle dispose du marquage CE médical.

Très efficace (dans 70% à 80% des cas selon les études), la luminothérapie doit être accompagnée d’une activité physique accrue (même si cela est rendu plus difficile cette année par la pandémie) et de sorties régulières à la lumière du jour. La supériorité de cette méthode sur les antidépresseurs a été démontrée par des études comparatives à grande échelle.Dans les cas où la luminothérapie se montre inefficace, le recours aux antidépresseurs en cure courte peut se révéler utile.

 

Source 1: "Seasonality of depressive symptoms in women but not in men: A cross-sectional study in the UK Biobank cohort", Journal of affective disorders, 15 mars 2018.

Source 2: "Les Français face à la pandémie de Covid19", Fondation FondaMental, 10 novembre 2020.

Source 3: "Covid-19 : une enquête pour suivre l’évolution des comportements et de la santé mentale pendant l'épidémie", Santé Publique France, 16 décembre 2020.




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